écrits & tapuscrits

 les indigences de Dieu

Caché, bien caché dans la masse légèrement mouvante de la ramure d’un arbre ou se croyant bien en sûreté en l’abri d’une corniche de pierre et de bois, un oiseau, toujours le même et toujours un autre, jamais le même et toujours un autre, entrait en dialogue avec la lumière.

Celle d’un soleil qui se couchait derrière une montagne à l’Ouest et celle d’un soleil qui émergeait de le ligne de l’horizon de la nuit en fusion dans l’Est des bascules des girations du globe dans les espaces du temps.

En irrégulières cascades de sons alternativement de gorge, de poitrine et de tête, la bête balbutiait des notes entrecoupées de pauses aléatoires comme lorsqu’on dévide l’écheveau de ses pensées en reprenant une telle, la juxtaposant à telle l’autre, la complétant d’un ajout ou d’une imprécision qui donne parfois un rendu plus juste de cette matière impalpable que produit toutes rencontres du vivant avec la mort et la vie.

Ses cris plus ou moins brefs, ses modulations plus ou moins longues tenaient des grains de bois, de jade ou d’or ou d’argent ou d’os de vertébrés durcits de chapelets de toutes ces panoplies de prières en usages autour du globe.

Les mille et une formes de ces mille et une nuits de la succesion des nuits de nos jours de nos temps qui se sont constellés de phrases tues, si lointainement enfouies et qui refont surfaces de nos tréfonds de cette légèreté brumeuse et lumineuse qu’on nomme à défaut de mieux, notre âme, telle qu’elle a été imaginée et enluminée dans les pages des livres de nos heures et pour nous tenir compagnie à défaut de quelqu’un, un ange sans ailes qui marchent comme nous et à nos rythmes par les méandres des labyrhintes de nos parcours.

Anonymement humble comme tout un chacun, la bête s’adressait directement à Dieu ou semblait supplier quelque saint encore inconnu à venir et déplorait ainsi de son mieux son mal-être du non-sens des choses parmi les vastes et vides silences apparents et précaires entre les astres.

Il ajoutait et confait ainsi aux murmures doux des végétaux, aux mutismes des pierres, aux souffles lents et réguliers des animaux marins endormis sous les houles ou des cheptels de Noé faisant halte à flanc de montagnes enneigées ou de caravanes cahotantes et bringuebalantes par les arides déserts ou emmurés dans les étables, les saccades de son existence qui lui apparaissait l’espace de son instant, si limpide, si précise, si étincelante d’évidence.

Chaque soir, cet oiseau me réapprenait ainsi tant les leçon des ténèbres que celles de la lumière.

Et grâce à cet oiseau, toujours le même, toujours un autre, pour moi du marais de mes marasmes fleurissait tel un lotus parfois la quiétude et la paix se faisaient l’espace immense d’un instant bref et tangible comme une éternité dans le creux du coeur.

Et puis un soir ce fût le silence, le presque silence d’une présence.

L’oiseau n’était plus ni ici, ni là.

Et j’ai dû ainsi réapprendre à attendre l’absence, ce que l’on appelle l’amour, l'indigences de Dieu.