...je ne savais pas que je deviendrais un violoncelle...

...le très familier froissement d'une feuille de papier... si semblable aux tremblements des trembles ou aux froissements rutilants des saules échevelés et ébouriffés par les rafales tièdes des tête-à-queue des vents du Nord d'un été indien...presque identique aux clapotis des gouttelettes d'une source qui parmi les rocs et les ronces se fraie un lit rigolant et cascadant, enjambé par les bonds et les cris d'une harde d'enfants ou un faon solitaire détalant vers les sombres lisières des conifères ... alerté par les appels aux rûts des chasseurs maquillés de leurs noirâtres puanteurs humaines, leurs haines en bandoulières camouflées dans les blancheures rosâtres des écorces de leurs bourgeaus de bouleaux saignés à blanc...dont on parvient en fermant les paupières afin de mieux tendre l'oreille à entendre les imperceptibles dissonances des angoisses des scalps et ainsi poings fermés à faire l'écoute en se croisant les doigts de ce goutte à goutte qui se bat et se débat sous ce plan d'eau lisse des profondeurs de la mémoire de laquelle bondit leurré par un souvenir torve et flou et lumineux... un instant poisseux cherchant à soudre des vases du temps...

...je ne savais pas que je deviendrais un violoncelle...

cela se fait peu à peu...à la va comme je te pousses et te cries et puis se retourne sur soi-même puis s'endort le pouce dans la bouche...une feuille à la fois...cela se vit au jour de mes jours et à la nuit de mes nuits d'une vie qui se déploie et se ramifie puis se résorbe...dont celle qui a été et qui est encore et qui toujours aura été plus ou moins jamais mienne...