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 je ne savais pas que je deviendrais un violoncelle

                                                                                            Mardi 26 Octobre 2021

j'aime cet oiseau, ce maladroit et malhabile moineau qui s'agrippe à son précaire et se tient non pas droit mais drôlement debout de son mieux, de son pire et de son peu à la vie et va poussant son silence et ses chants  en prenant exemple sur l'incertain de la branche et des coups du vent et des chutes des feuilles froissées de ce qu'il tait et de ce qui lui bat et danse en son dedans ... le coeur qu'il a, le coeur qu'il est et surtout l'âme qu'il s'entête à désirer devenir ...

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j'écris bref… avec points de suspension… tout comme quand le coeur me bat ou me débat la chamade  comme quand le souffle me manque et qu’il me court après ou devant comme quand on saute à la corde comme lorsqu’on zigzague entre les flocons de neige ou les gouttes de pluie ou les rayons de soleil sur une planche de bois en descendant une rue ou à pieds nus sur une vague en remontant la pente dans la foule d’une des avenues du désert dans lequel je vis au long d'un bout de rue perpendicluaire à une autre en périphérie de la finitude ou seul dans le monacal surpeuplé de mon isolement

j'écris court... j'écris sans crier gare… sans prévenir et pas comme prévu tout comme j’ai toujours vécu… et surtout survécu…et survis encore… sur le coin du coeur… de ma vie….

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je crayonnes avec fautes d’ortographe à l’appui et myope avec et malgré ma dégénérescence maculaire à l’oeil doit et gauche à l’affût ... de l’invisible entre-apercût entre les creux dans les failles de mon temps qui passe de l’éternité comme des brins d’herbe entre les dalles des trottoirs d’un centre-ville comme les confettis d’éclats de refletts de rayons de soleil entre les empillements de cubes bétonnés d’espaces vide à louer en hauteur à défaut de grandeur ... mon infime vie de plus en plus mienne et vue de cet angle qui n’est pas celui de ma mort … mais bel et bien  celui de mon âme… s'écrit  ce récit de silences  

                                                                                                 21 juin 2021 ...

je me poses de moins en moins sur les fils téléphoniques et les antennes émettrices des stations radio en raison du trop plein des interférences de toutes sortes…  ne me fies plus qu'aux branches en bois dur ou mou sur lesquelles et dans lesquelles je me reposes et aussi aux brises et aux vents ainsi qu'aux arc-en-ciels qui naissent après les pluies des averses d'un orage qui en catimini claudique en rentrant ni vu ni connu comme tout un chacun et tout le monde de plain-pied à pied-sec dans le bleu du ciel ... on essaie comme on peut d'être à la hauteur d'un solstice d'été ...

                                                                      /

extrait de la lettre de granite

didascalie /  dans le noir, on entend comme des coups frappés à une porte puis à une autre, puis à une autre, puis à une autre coups entendus comme des variations de résonances dans un long couloir, d'un lieu sans dimensions puis, au bout d'un temps long de soixante secondes la lumière se fait sur l'espace scénique un homme s'y tient, debout "

lui:  

sous la chair chaude de la plante d'un pied nu posé sur de minuscules cataclysmes, d'infimes hécatombes d'infinitésimales catastrophes il est sur une île sur une île il est le diaphane du souffle du souffle de l'opaque de l'opaque de quelqu'un de quelqu'un en plein midi d'un jour jaune le souffle d'une soif sèche et seule aussi sèche et seule qu'il est possible pour une soif d'être sèche et seule et possible vivace et vacillante flamme anachronique et insolant la canicule transparence et translucidité ajoutant au désert tanguant sur ses bases de quatre segments de cul-de-sac d'un circulaire horizon aux crissements sourds et lents en glissements lents et lourds et inexorables sur les rails, de vieillottes de toiles de fond en couchers de soleils et levers de lunes desquamées d'humidité et d'alternances ad nauseam en porte-à-faux dans la fumée d'un far so far far Far West juxtaposée à la trame sonore s'égrenant grêle du piano d'une mauvaise copie d'un film muet au honky tonk du temps dans le gousset de soie de la veste du country-marshal-sheriff ses dissonants délires ses assonantes oasis l'abominable et l'atroce à portée de mais et à perte de vues toutes ces glaises et ces granites veinés de rose ou de vert toutes ces glaises et ces granites ta voix cette masse de terre grise sur moi, sous moi tout autour de moi ta voix la fosse l'abysse l'abîme de ta voix dans laquelle je chute et tombe en l'oeil morne du maelström de ta voix et de ma vie mon coeur oiseau éperdu au centre des chuintements et des crachins du silence d'une tonitruante tornade d'hétéroclites de toutes sortes de touts et de riens de rires et de réveille-matin et de long distance calls dont on accepte les faits et les frais

... textes publiés ...... /

le sans parole oiseau roux  / pour lequel un prix m'a été remis par La Société des Poètes canadiens-français en 1969 lorsque j' ai été 17 ans si ma mémoire est bonne

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1999 une lettre de granite suivi de couleur : corail / aux éditions trait d'union dans la collection tabula rasa dirigé par feu François Shank  ( à ma connaissance il n'existe plus aucun exemplaire de cette édition, le livre ayant été piloné, par pur hasard j'en ai racheté dans une boutique de livres usagés sur la rue St-Denis à Mtl à très petit prix les 15 derniers exemplaires que j'ai par la suite offert en cadeau à diverses personnes / j'ai vu sur le web il y a quelques années qu'un exemplaire était disponible dans une librairie de livres usagés de London / England  ...

/ dans la revue moebius / un greyhound afghan

(texte d'abord rejeté puis paru dans un numéro thématique puis finalement publié cuvée 1999 et pour lequel j'ai été mis  en nomination pour le prix de la revue Moebius )

/ "des jobines & des jours " " revue moebius"  

/ extrait du recueil non publié " les pluies " dans la revue "Les soirs rouges "  bulletin de liaison de la Société des Écrivains de la Mauricie numéro 5 , novembre 2001...

dans le volume 2, numéro 1, de janvier 2001 du dit bulletin compte rendu par Réjean Bonenfant de la soirée de lecture donnée au Zénob  le 17  janvier  2001 en présence de la romancière Louise Lacoursière, de la nouvelliste Judith Cowan et des poètes Paul Dallaire et Guy Marchamps

/ 15 février 2021 lecture de "Ode au Saint-Laurent" de Gatien Lapointe librairie " l'histoire sans fin " attenante au café " la p'tite brûlerie "

publié / Revue Moebius Cuvée

                                                                                    Un greyhound afghan

car suis fidèle comme un chien...

en provenance de nulle part, en direction de partout en provenance de partout, en direction de nulle part…

un voyageur avec pour tout bagage quelques cahiers de feuilles lignées ou quadrillées aux couvertures rigides ou souples achetés selon les impulsions des moments dans des centres d'achats, des pharmacies des magasins à rayons, des étalages de soldes de fin de…

des cahiers aux couvertures noires et rouges vertes, grises, lustrées ou mates,marbrées, gaufrées, disparates des cahiers à la seule caractéristique commune de pages manquantes et manquées arrachées à leurs précaires reliures de colles médiocres des cahiers de papier trois enveloppes postales de courrier par avion pour tout bagage ou presque…

quelques chemises, chandails, chaussettes une brosse à dents, un peigne d'aluminium un rasoir aux lames usées, un stylo-plume des cartouches d'encre brune, des timbres un carnet d'adresses et de numéros téléphoniques pour tout bagage un sanglot dans la gorge, un nœud dans le ventre et des souliers de marche...

et de marche et de marche à l'infini...

un paquet éventré de gommes à la menthe éventées et une cartouche de cigarettes sèches achetée à un arrêt de quinze minutes de plein d'essence et hamburger all dressed coke frites et un trousseau de clefs maintenant inutiles et des allumettes de bois s'entrechoquant dans le fond de la poche gauche d'un pantalon de toile de lin froissé de la sueur du siège, plissé de l’immobilité de la non-observation du défilement du paysage dans la fenêtre du train puis de l’autobus du trajet rectiligne d'une idée fixe et floue… là-bas, derrière lui il laissait des formes de meubles sous des housses de silence des sables ocres accumulés jusqu'à mi-mur jusqu'à mi-mur d'un blanc jaunâtre de nicotine d'un petit trois pièces et demie, minuscule et vaste comme un temps d'attente dans une gare transitoire presque vide sauf de quelques boîtes disparates de formats de boîtes de carton non complètement déballées de leurs contenus hétéroclites et épais, de livres et de disques, de vaisselle et d'ustensiles, de bibelots et de bijoux et de breloques, de pierres de lave d'améthystes violacées encore dans leurs gangues…

des bouquets d'instants séchés des je t'aime d’instants des moi aussi séchés des je suis heureux que dieu t'ait créé des je des bouquets d'instants séchés il laissait là-bas des moi aussi des je des reflets de plaintes giratoires roses d'ambulance sur des vitres protectrices de sérigraphies d'affiches de cinéma numérotées à tirage limité des reflets de cris de cauchemars à cinq heures du matin dans le jacassement du réveil des oiseaux et des chats et des poissons rouges des reflets d'étincelles de briquets dans le tic-tac digital frisquet des insomnies des reflets de braises de tabac sur le pied plaqué laiton d'une lampe éteinte, fac-similé d’époque des reflets de barbe de trois jours dans l'infini de deux miroirs à angle l'un de l’autre dans une étroite salle de bain bleue des reflets de gouttes de sang dans la courbe d'un évier de porcelaine blanche tachée de rouille de robinets il laissait là-bas… des balbutiements et des coulées de bave…

la raie blafarde de la porte entrebâillée d'un réfrigérateur il laissait... quelqu’un quelqu'un laissait…

il laissait l'empreinte d'un pied nu dans la douceur usée d'un tapis persan… l'odeur des huiles acres, rances et sucrées du bois se mariant capiteusement au musc de la sueur des aisselles d'un homme adossé à un poteau de lampadaire de route de campagne s'allumant progressivement, par saccades safran convoquant une éphémère constellation de phalènes au bal d'une seule valse…

ce laps de temps pendant lequel une odeur devient un parfum une cabine téléphonique éclairée par une ampoule de 60 watts longue durée terne de la poussière soulevée par le passage en trombe d’automobiles une cabine téléphonique aux parois de verre tapissées d'insectes morts aux encoignures garnies de toiles d'araignées vivantes une cabine téléphonique de guingois sur la gauche de la ligne noire d'un horizon au ciel versicolore d'un soleil déjà couché une cabine téléphonique à laquelle quelqu’un en provenance de nulle part, en direction de partout en provenance de partout, en direction de nulle part quelqu'un reviendrait presque quotidiennement et nécessairement selon les marées de soupirs se briser sur des récifs de messages enregistrés se fracturer au signal sonore sur des falaises de silences laisser un message, menue monnaie en main le suintement des graffiti des grillons sur la paroi humide de la brunante graffiti des semelles de cuir des souliers sur le gravier longeant une route secondaire d'une campagne asphaltée d'été, baignée et bénie du lait bleu et paisible d'une pleine lune de canicule de juillet meuglements mystiques d'un anonyme troupeau de bêtes à cornes ruminant l'euphorie des végétaux de la plénitude tiède de la saison là-bas des couloirs d'air chaud balisés de parcomètres publics de bancs publics, de poubelles publiques bosselées là-bas des frôlements de fragrances acidulées incompatibles d'indifférences déambulant bras-dessus, bras-dessous là-bas des ruelles traversées en deux bonds par des chats rachitiques là-bas la double enfilade parallèle de façades et d'effluves de fritures grecques, de relents de parmesan, de romano frais râpé, de riz inodore ou vermicelle vapeur, de poissons panés, de langoustes éventrées, de coulées de beurre d'ail fondu et ranci, de restes de tables, d'os de poulet, de rots de satisfaction garantie, de chasses d'eau tirées, de tintements mats des trinqueurs, de succions de mains moites d'affaires conclues, de cure-dents mâchonnés aux commissures des bouches, de petits silences secs et sourds de ruptures, d'adultères déductibles d'impôts, de coulis de désirs, de mesquineries en cent vingt mots minute, de l'isolement étincelant d'un premier tête-à-tête, de l'isolement ternissant de la lecture de l'horoscope du jour, du roman du moment, de la chronique nécrologique d'hier ou de demain, de claquements de doigts, d'additions s'il vous plaît, de cliquetis du crédit, du pourboire du pouvoir et du pouvoir du pourboire, de la flaque verte du verre de vin rouge de trop sur le pavé de briques imbriquées, d'une cycliste casquée à contresens du flot de passants sur le trottoir, de l'accrochage d'un klaxon coréen fabriqué au mexique avec le camion de la cueillette des ordures commerciales, de la mastication du surplus des repus...

là-bas sous des banians au néon des bouddhas obèses imbibés d'alcool à quarante degrés dans les galaxies tournoyantes et éphémères et fabuleuses d'une première neige hâtive d'automne chutant lentement sur le quartier chinois d'une ville du nord de l'amérique du nord où quelqu'un marche en compagnie de quelqu’un rencontré par hasard un hasard aussi pur que la ligne mélodique au saxophone alto du souffle d'un jazzman incolore en mal de morphine ou d’amour ou d'innommé ou d’innommable...

là-bas dans les bouffées de chaleurs et de solitudes multiples dans des effluves fauves et des couleurs perverses des sourires à cran d'arrêt des éclats de rires brisés des échos de verbes cassés et des mégots d'anxiété écrasés au plancher et des fantasmes laminés aux murs…

lui un silence strangulé par gorgées de bières tièdes sectionné par le pointage cumulatif d'un jeu vidéo cautérisé par les spasmes nerveux du clip du moment qui passe…

là-bas lui le fracas d'un gros pichet de sangria et de huit verres stérilisés se brisant au contact du terrazzo englué de houblon et de bêtise abondamment répandus au plancher là-bas l'incision d'une flamme de briquet jetable dans le halo laiteux d'une pleine lune d'automne d'un hiver tardif cette année-là l'emmêlement des fumées exhalées symétriquement des bouches des profils de deux ombres chinoises un instant dans le rétroviseur d'une voiture-taxi là-bas un taxi lui tentant de se frayer un chemin dans les incessantes éraflures des gyrophares bleus et rouges sur les faces fascinées d'une petite foule de curieux attroupés un taxi lui pourquoi? tentant d'ouvrir un passage parmi les soubresauts des carpes d’or et des poissons anges agonisant sur les pavés pailletés des débris d'une vitrine éclatée en mille miettes un taxi lui pourquoi? tentant de fuir la catatonie blafarde des phares avant des voitures de police sur la mer de céramique rouge carmin de dragons aux vertèbres torsadées en rondes bosses noires et vert jade balafrées de graffiti aérosol un taxi pourquoi lui? dans les mille miettes depuis les débuts des mondes un taxi dans un trou noir tentant de franchir la frontière du soudain maelstrom dû au simple frottement d'une allumette de bois sur le rugueux de l’asphalte d'un cercle de feu, d'une piste de danse de l'arène des délires d'un homme s'inondant d’essence tentant d'échapper au happementd’une flagrante et fulgurante et flamboyante intuition d'un plan-séquence cinématographique projeté en ralenti dans l'âme maintenant masquée de lunettes solaires noires d'une rencontre de pur hasard un taxi conduit par un ange noir exporté du zaïre le taxi tentant de s'arracher à l'attraction de l'implosion de la combustion de l'air ambiant, aux redressements puis aux déhanchements du tango d'une torche humaine, au choc d'un crâne sur une bordure de trottoir, au galop des agents de la paix, à l'enveloppement dans des couvertures de laine rouge d'un corps recroquevillé sur le sol, au visage carbonisé d'un homme sur la blancheur fraîche d'un petit oreiller, aux peut-être dernières paro- les de ce qui reste presque et encore de quelqu'un devenant quelque chose sur une civière ultralégère d’aluminium...

là-bas l'immobile stupéfaction d'un voyageur perdu dans les ornières et les ronces et les mousses boueuses d'un terrain vague aussi vague que le ressac de l’eau ressassant la question sans réponse...

là-bas le bruit continu d'un jet d'eau giclant d'un robinet de cuivre les dépouilles d'un pantalon de denim orange et d'une chemise de soie absinthe, suspendues à la pointe de bambou d'un paravent de papier de soie grise faisant écran au coin salle de bain d'un loft rectangulaire avec vue sud, sud-ouest sur le centre-ville d'une métropole moribonde du nord de l'amérique du nord une superficie de deux mille pieds carrés inondée des cascades des cadences de l'andante cantabile d'un concerto pour violon de mozart, au quinzième étage d'un édifice datant du milieu d'un siècle d'un millénaire qui s’achève un loft comble des résonances des cordes et des cuivres et des bois et des timbales et d'un clavecin d'époque baroque un aquarium se balançant, oscillant tel un gigantesque pendule au bout d'une grue mécanique entre ciel et terre avec en guise de gulf stream l'âme d'une mezzo-soprano modulant sotto voce, soutenant l'atlante de deux torses gonflés du vent du souffle de la mélodie du spectre de la rose des nuits d'été d'Hector Berlioz (1803-1869) la combustion rouge de la pointe d'un cône d'encens de santal dans un godet de terre cuite, la volute bleuâtre de l'odeur sectionnée par la lame de la flamme safran d’une chandelle la crucifixion nonchalante d'un corps nu, de dos dans l'embrasure de la fenêtre panoramique du coin salon les paupières mi-closes la soie des cils d'un coup d'œil en plongée sur des peurs de pointes des panneaux réclamant à corps et à cris de couleurs des à voir à tout prix des culs-de-sac des têtes à cœurs des gels des idéaux des dernières chances de des sens uniques des cinq à sexe des chutes du dollar la déambulation en diagonale de jambes nues la succion silencieuse de pas de course sur un plancher de béton froid l'entrée en douceur d'un corps froid dans l'eau tiède le grain de peau d'un frisson sur la cuisse les remous de l'immersion du noir jais d'une chevelure bouclée le débordement en nappe liquide sur le plancher du volume et du poids des ébats des mille et un désirs comblés les bruissements de l'émergence d'un sourire ruisselant les tremblements des lèvres et des doigts et des haleines des brumes d'eau chaude givrant dans le miroir d'une petite pharmacie de métal le reflet de l'image de deux corps imbriqués l'un dans l'autre angulaire pierre d'aurores boréales des évanescentes cathédrales humaines...

des brumes d'eau chaude s’élevant d'un bain tombeau blanc puis pour toute lumière le cri mauve puis pour toute lumière le silence grenat là-bas nous là-bas là-haut ici, ce soir du dernier chiffre digitalisé de la fin de lecture laser de la dernière plage d'un disque compact promeneur en provenance de nulle part, en direction de partout perdu déployé dérisoire sur la surface crevassée, rongée, érodée de sel et de sable et de vagues successives d'un rocher un immobilisé aux chaussures de course de caoutchouc et de toile beige dégoulinant de vases du bilieux brun des algues régurgitées par la marée en contemplation de la constellation de la vomissure lactée des souvenirs là-haut là-bas là-bas un corps se braque et qui a soudain au ventre et aux reins la rage de bondir pit-bull bâtard pure race non dressé de sectionner la carotide des rires gras de happer au passage les langues roses des potins de broyer bruyamment un tibia cellulaire de rogner ces faux-fuyants ongles de mensonges acryliques de déchiqueter cette insignifiance prêt-à-porter fluo de mettre en pièces cette médiocrité en complet-veston de baver sur ces chevelures rasées de mâcher ces bavardes teintures stressées de ronger ces chevilles délicates gourmettées de magouilles de croquer ces jointures saillantes et cagneuses baguées de bassesses de briser les cervicales des colonnes vertébrales de la bêtise de mordre les mollets gainés de cuir d'un nazisme adolescent de mordre les mollets moulés de soie de la dernière mode du mépris de mordre les mollets sanglés de lycra du narcissisme musculaire d'écarteler le sternum du torse bronzé bombé de l'arrogance enregistrée de craqueler le crâne de l'insomnie inc. de déchiqueter les intestins de l'indifférence de faire hurler jusqu'à l’éclatement les cordes vocales de la monstruosité silencieuse et surtout surtout de lacérer la joue des mensonges d’amour et d'en recracher les molaires et les canines et les incisives dans la gorge et le sexe de leurs auteurs là-bas ce bal bête, cette fête féroce, ces hallalis languides de lascivités ces coups d'œil, ces coups de langues gantées de peaux de reptiles ce carnage d'exacerbations tactiles cette gorgone déguisée en elle-même conduisant la samba des mannequins commémoratifs de plâtre drapés de draps blancs, épingles de rubans rouges là-bas l'acier doux et complice et précis et chirurgical de sourires seringues hypodermiques oxydées de clins d’œil de connivences de culs

là-bas un front couronné de cris appuyé sur les losanges d'acier emmaillés d'une clôture des lamentations de marque frost d'une cour d'école déserte et jonchée de citrouilles d’halloween fracassées par une nuit d'un hiver tardif cette année-là là-bas un pigeon gris au cou presque cassé gonflé de sommeil dans le creux d'un sol mal gelé là-bas une fixité fiévreuse de regard derrière des larmes fumées filtrant les luminosités agressives d'une cité du nord de l'amérique du nord à trois heures trente du matin le battement d'une paupière à deux cents pieds au-dessus du niveau de la mer des derniers cris, des à voir à tout prix des files d'attente, des clubs de la médiocrité des avancées en arrière s'il vous plaît des campagnes de levées de fonds des clameurs de levées de cons au profit des plus en faveur des moins des ampoules de 60 watts, des un soir seulement des chutes spectaculaires du des remontées vertigineuses de des dernières paroles, des premiers silences à vingt mille lieues sous l’éther la pulsion bleuâtre du temps à la tempe et au poignet et à la jugulaire du cou et puis même pas même pas le bas de page ici ce soir un instant de hoquets le saut de page le saut de l’ange saccadés du difforme d'un informe ponctués des intermittences indifférentes des mouches à feu…

dans le miel d'ammoniaque de la brise d'un fleuve en marée d'éclipsé de pleine lune orange de là-bas juillet pendant la plus que lente et titubante ascension d'une pleine lune de secours d'un automne attardé, cette année-là pendant la plus que lente chute claudicante de quelques cristaux de neige d'un nuage de service d'un hiver tardif, cette année-là pendant la plus que lente longue et zigzagante et méticuleuse du tatouage de la lettre du monogramme mauve d'un prénom incisé impulsivement en fin d'après-midi en signe d’éternité rencontré par pur hasard par un promeneur en provenance de partout maintenant en direction de nulle part...

en post-scriptum… à tout ce qui précédera pendant dix années, presque plus rien écrit sur le sable gelé d’une plage de l'absence de lui la sonorité du silence d'une voix, la cicatrice de lui que l’océan fidèle vient lécher brave chien, bête et bon…

                                                                                 1979-1997-2021 michel forgues

ajout  / car j'aurai été fidèle comme un chien