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À l'origine ce n’était que les 4 feuillets de 2 textes, « les cendres des ramures » et « des agapes » écrits en prélude au temps du Carême de 2017. Puis s’y sont ajoutés les feuillets du texte « le temps mort ». Puis à leurs moments ont surgis ceux de « la vigile de Marie de Magdala », de « la barre du jour » et « les éclats d'une étoile ». J’avais oublié le passage dit du jour des rameaux, c’est l’âne qui sans bramer me les a remit en mémoire en me murmurant son souvenir de bête fidèle, patiente d'espérance « depuis la dernière fois ». Donc sur mon établi c’est ainsi que le maladroit et malhabile que je suis désigne sa table de travail s’est retrouvé un manuscrit sans aucune prétention à quelques titres que ce soient. Puis « le coeur de Caïn » a refait surface pour compléter ces évidences perdues de vue me qui me sont advenues ... Frêles et simples ferveurs telles ces anonymes petites flammes vacillantes, dansantes dans leurs petits vases de verre rouge ou bleu ou vert. La première mouture de ces textes a été lue une première fois en l’église du Gesù de Montréal au printemps 2017 grâce à l'amabilité de l'accueil de Daniel LeBlond. Par la suite il a été enregistré par les voix de Sylvia Gariépy, Frédéric-Antoine Guimond, Stéphan Francoeur et Annick Terral ainsi que de moi-même, dont ju’ai moi-meme assumée la réalisation de dans les studios de Radio VM sis sur la rue d’Iberville et qui fût diffusée une première fois en 2018 sur les ondes de Radio VM puis reprise en rediffusion en 2019. Lors de l’enregistrement fait au studio de Radio VM à Montréal à la dernière minute j’y ai ajouté en prologue « le tocsin d'une cloche muette » texte écrit le 13 août 2017 à la demande de Bernard Vadnais pour la célébration de Notre-Dame-de-Liesse en l’église du Gesù. Les musiques sont des extraits d’oeuvres de Jean-Sébastien Bach et Henryk Mikołaj Górecki...  ( 9 textes + 2015 / 2017 / 2020 / 2021 )

les cendres des ramures…

le choryphée et le choeur

/ le choryphée rien, il ne reste que le rien des ramures vertes de l’an dernier le choeur du festoiement des branches des verdures du Dimanche de l’année dernière il ne reste rien et moins que rien …

/ le choeur & le choryphé

que les cendres des arbres morts auxquelles ces branchages ont été arrachées sans égard pour accueillir

le choeur celui qui devait nous tirer de notre condition d’esclave, nous affranchir de nos servitudes…

/ le choryphée qui vous a libéré de vos turpitudes…

/ le choeur & le choryphée

il ne reste rien…

/ le choryphée / il vous reste au front la marque et le signe… le choeur il a été effacé par les sueurs de nos fronts, de nos pieds, de nos doigts… le choryphée effacé par les revers du velours de vos manches de robes et des habits d’apparats aux bals des apparences le choeur il nous faut bien quelques fois fêter pour oublier de nos misères les danses…

/ le choryphée vous avez oublié les prières

/ le choeur que servent sinon de rien lamentations et supplications des Ave et des Patenôre ?

/ le choryphée à attendre une Pentecôte

/ le choeur cette ridicule et risible promesse et son ange et de son signe de suie …

/ le choryphé / sur les murs de vos prisons d’Égype l’ange le signe de sang de l’agneau sacrifié de la Pâques épargnant de la mort les premiers né de vos maisons d’alors

/ le choeur cette histoire est sottise et fabulation ancienne les temps ont changés depuis car depuis la science nous assure la survie car depuis et désormais la vie n’est plus ni mystère et non plus miracle

/ le choryphée les temps sont ce qu’en font les humains

/ le choeur pour une fois tu parles sagement et nous te donnons raison les temps sont ce que nous en faisons ( le choeur se disperse )

/ le choryphée / où allez-vous ?

/ le choeur / à l’usine, au bureau, chez le dentiste, chez le médecin, le masseur… nous user jusqu’à ne plus être que poussières…

/ le choryphé ( resté seul ) et cendres…

depuis la dernière fois

( le soliloque de l'âne)

- Il n’est pas très lourd à porter celui-là et Dieu sait que j’en ai eu plus que mon lot de ces dignitaires désargentés qui ne peuvent s’offrir un cheval ou un chameau pour parader alors c’est sûr l’âne et le beaudet on a bon dos au moins assis et calé comme il est de côté jambes croisées, ses sandales ne traînant pas sur le sol pour me ralentir le pas et ainsi allonger la course hé ! là-haut, le tarif du trajet est à la distance et non pas à l’heure c’est long et c’est lent mais c’est toujours ça de pris et de gagner sur la saleté des rues quelles idées ils ont d’aller quasi pieds nus sur du sable et des cailloux sans parler des épluchures, des tessons de carafes de verres, des godets de terre cuite et je ne mentionnerai leurs immondices personnelles et intimes qu’ils vidangent sans avertir dans le caniveau et nous les pauvres bêtes on reçoit tout ça sur le dos ou dans les pattes… il est un peu lourd c’est simplement que ça fait un certain temps que l’on essaie de se frayer un chemin à travers cette foule ça crie ça hurle c’est en joie et en liesse tout ce beau monde avec au bout de leurs bras ces branchages qu’ils ont arrachés aux palmiers et qu’ils brandissent en hurlant alléluia si j’étais lui je me méfierrais la cruauté c’est toujours comme ça que ça commence mine de rien, par petites touches sur ce qui ne peut pas se défendre et ça n’a aucune limite ce qu’on était bien avant qu’Il ne le créé avant lui on était paisible entre nous on ne se faisait de mal à personne on Lui avait dit, tous ensemble «c’est parfait c’est comme toi c’est assez et c’est tout c’est très réussi pour un premier essai c’est réussi il faut savoir s’arrêter ne pas pousser sa chance ne pas tenter vous savez qui» mais non il ne sait pas dire non il ne sait que dire oui il a eu une idée et quand il a une idée pas derrière sa tête mais dedans au bout de ses doigts il ne s’en est même pas apperçu il pétrissait une boulette de glaise en se disant «voyons voyons qu’est-ce que je pourrais bien faire pour passer le temps, c’est long l’éternité tout seul.» mais on lui a dit «et nous ? on n’est pas là ? on n’existe pas ?» «vous ce n’est pas pareil» qu’il nous a répondu sans même pour regarder il était dans la lune ça lui arrive d’être ailleurs de n’être pas là mais ailleurs la lune, les nuages, les étoiles il est un peu partout c’est une de ses tendances l’éparpillement il s’étale, il s’étire et plus il s’étale plus et mieux ça le détend «un peu de concentration bon dieu ça ne nuit pas,la preuve, regardez, autour de vous tout est concentré et concentrique»il est vrai que ça se dilate de temps en temps, le temps à la vitesse de la lumière, je retiens deux et j’ajoute mille, plus la gravité moins l’apesanteur et je soustrais ou je multiple ou à moins que ne je divise pour régner…? je m’égare revenons à nos moutons et sur le plancher des vaches je ne sais pas qui a eu l’idée de les nommer ainsi, d’affubler ces braves bêtes d’un tel nom, d’après vous, hein ? Hé oui, c’est la boulette, la boulette de glaise ! Le premier homme ! Ah! Ce qu’il était laid ! La gâchis total. Lui ? Sa réaction à sa création ? Pensez-vous, on efface et on recommence. L’évolution qu’il disait ça n’a pas été inventé pour les singes. Donc le « IL » ou le « YAW » avec ses majuscules s’y est remis le plus simplement du monde. Comme on dit cent fois et mille fois à l'infini sur le métier remettez votre boulette ça finira bien par faire un vase cette boue.... une cruche, un cruchon, un gobelet, que sais-je enfin quelque chose d’utile et pas seulement de décoratif pour tromper l’ennui de la solitude qui est mauvaise conseillère comme le chien nous l’a dit « il est difficile et douloureux d’être le meilleur ami de son maître».  Alors après les essais et les erreurs, les rattés, les esquisses manquées à la chaîne ça a donné ça.

Ça.

Comme réussite. On a vu mieux. Ça ne sait pas d’où ça vient et ça ne sait pas où ça va. D’ailleurs ça ne veut pas le savoir à preuve même dans un sens unique ça roule à contrario du bon sens et à tombeau ouvert surtout le Dimanche et les jours fériés comme aujourd’hui. Et Lui ? Il le trouve touchant. Tout comme celui que j’ai sur le dos et qui sourit à tout le monde, un bon mot pour chacun, le coeur sur la main et l’oreille attentive.Il me fait penser à Lui d’ailleurs. D’ailleurs ça fait un bout de temps que j’y avais pensé à Lui... Lui Il me fait penser à Lui. Mais en plus petit, format réduit, miniature, de poche. Je ne sais pas pourquoi. De profil comme ça il tient un peu d’un maître que j’ai eu, on m’a dit qu’il était mort. Un bien brave homme. Jamais un silence plus haut que l’autre. Dieu a sûrement déjà son âme comme je le connais. La barbe surtout mais pas les yeux, les yeux ce serait plus comme ceux du regard de cette jeune femme là-bas au fond et qui semble inquiète. L’âne en émettant son hi han lui dit «Rassurez-vous ma petite dame, ça vacille un peu, ça tangue au début comme la bicyclette, mais ça ne tombe pas, quelques fois oui, on s’écorche les genoux mais on se relève et on ne s’en souvient plus le jour et surtout la nuit de nos noces.» La bicyclette… lui sur mon dos lui sur sa bicyclette bleue... Il a pris du poids depuis la dernière fois que je l’ai porté il a grandi depuis la dernière fois pas beaucoup mais quand même un peu ses pieds ne touchent pas plus terre qu’avant Le cortège s’arrête le jeune homme pose son pied droit sur le sol. Et tout le monde se tait sauf l’âne qui est têtu quand il sent un danger et qui alors crie son hi han hi han de tout son poitrail et on entend que le hi han hi han hi han dans le silence et on ne voit que l’empreinte des pas du jeune homme qui marche dans la poussière et plus il avance et plus la foule recule et plus la sueur de la plante de son pied s’évapore sur la pierre brûlante sans laisser de traces et plus l’âne se souvient et plus il avance plus l’âne se rappelle et plus il crie son hi han " Non, non , non n’y vas pas, ne descend pas de mon dos, reste sur mes épaules on va retourner en Égypte au petit trot on va fuir comme autrefois mais on ne va pas revenir hi han hi han hi han ils n’en valent pas la peine hi han hi han hi han..."

Comme trois coups donnés pour que le mystère de la passion de Notre Seigneur Jésus Christ commence…

agapes

( choeur parlé à plusieurs voix )

au sol et sur la table mie des miettes du pain empreintes cramoisies des crevasses des lèvres rougeâtres sur les rebonds des coupes du vin bu désordre des meubles après les agapes parfum fétide des paroles envolées déjà odeur rance des promesses d’espérance poussières des phrases balayées du revers de la main déjà oubliées froidure des cires des chandelles éteintes dont les mèches charbonneuses ont taché le pouce et l’index de Thomas qui les a mouché avant de refermer rageusement la porte derrière lui et de courir afin de rejoindre les autres qui une fois de plus l’oubliaient, le mettaient de côté, à part comme le fauteuil vide de celui qui a trahi parmi les fauteuils renversés de ceux qui se sont presque enfuis le minuscule jardin de ronces des arbrisseaux dont les bourgeons des fleurs esprérées sont fermés comme les âmes craintives des douze larmes amères dans les mains d’un jeune homme aux paupières closes et grandes ouvertes ou sur les visions promises d’une terre promise une terre promise la terre promise mais avant avant il y a… il y a … avant cette terre il y a ce … ce tertre de pierre et ce trou le néant à combler par le pieu et le pied d’une croix afin d’y être plantée dressée entre le ciel et la terre tendue entre le fini et l’infini écartelé entre le temps et l’éternité jointoyant ainsi les abysses et les abîmes en un seul instant terrible ce battement du coeur de Dieu créant et donnant et offrant son Fils en un cri immémoriale si semblable au silence humain celui de l’abandon le souffle rompu par le milieu la vie qui se déchire par le milieu la mort qui se défait par le milieu et Dieu Dieu même même Dieu ce déserteur qui nous a déserté après nous avoir créé et depuis nous restons là pantelants que pantelants d’espérances à bout de sang à bout de temps à bout d’espérances pantelants puis le chant d’un oiseau et puis le bruit d’une brise et puis le murmure d’un ruisseau et le jeune homme détourne la tête et pose son regard sur ceux-là qui l’accompagnent les endormis ceux qui dorment déjà, déjà épuisés de ne pas savoir veiller de ne pas savoir prier malgré tout ce qui a été dit et fait et accompli car ce n’est pas assez que le miracle alors alors il ne reste plus de possible comme issue que l’impossible que le mystère et le vacarme du mystère se met en branle et l’inéluctable s’enfonce en lui, se creuse en lui et quand il est au plus creux du coeur de lui et du vide en lui là, enfin où tout finit là, enfin où tout commence l’inéluctable gronde et cogne et tonne et éclate et naît vient au monde afin que s’accomplisse dans le silence de Dieu la parole de Dieu le Verbe Incarné et le verbe incarné s’incline en se levant il s'incline et il se met en marche et il se met en route et il s’en vient vers nous pas à pas il se rapproche puis il s’arrête un instant le temps d’une main sur son épaule le temps d’un baiser sur sa joue

le temps mort

( soliloque et polyphonie )

il y a ce temps mort dont on sait rien personne n’était là rien n’ a donc été rapporté de ce momemt de ce temps mort dans les récits ce temps mort est muet aucune phrases aucune paroles de la parole ce temps durant lequel il était seul seul seul seul comme nous on l’est nous les seuls parfois souvent nombreux les esseulés même en groupe rapetassé dans une foule qui nous opresse de toute part dans la houle d’une foule qui nous ballotte de droite à gauche les houles de la foule qui est en nous dans laquelle on est enfermé

/

«Frappez et l’on vous ouvrira.» il se rappelait avoir dit cela alors il frappait et ça ne répondait pas, ça ne s’ouvrait pas malgré le sésame ça continuait à se refermer à l’encercler alors il priait la prière qu’il avait enseigné qu’on lui avait demandé d’enseigner parce qu’ils disaient qu’ils ne savaient comment commencer qu’ils ne savaient pas comment demander et quoi demander et à qui demander et il commençait et il demandait et… et il recommençait en croyant qu’il s’était trompé dans les mots qu’il s’était trompé dans la question qu’il s’était trompé dans l’ordre des mots et dans le désordre de la question et il recommençait en se répétant qu’il avait oublié et il recommençait en espérant que ça lui reviendrait le début et le milieu et la fin de la prière… et c’était le silence et ce n’était que sa respiration dans le silence de sa cellule et dehors c’était le bruit, c’étaient les rires et les cris, et les plaintes et les hurlements et les clameurs c’était la vie… et lui il était là seul dans l’humide du cachot avant l’humide des crachats sur ses joues et des larmes et des gouttes de sang sur ses joues et son menton et son cou et ses mains blanches et mauves et vertes avec lesquelles il essuyait son visage et ses lèvres fendues par les gifles assénées de toutes leurs forces par des mains dont il ne voyait pas les visages il était là et… il n’y avait personne et ça ne s’ouvrait pas et ça ne répondait pas même s’il criait, même s’il se taisait, même s’il priait…

/

puis on est venu le chercher… quelqu’un… non ,pas quelqu’un, quelque chose est venu le chercher en ricanant et il l’a reconnu, il boitait, il claudiquait et ça faisait un bruit d’enfer ces clefs bringue- ballantes en trousseaux à sa ceinture de cuir qui cliquetaient comme les cliquettes des lépreux, comme les godets de fer des simulacres de mendiants qui faisaient tinter des piécettes de métal sans aucune valeur pour attirer l’attention, la sympathie et la pitié des passants. et ça fonctionne et ça marche, c’est efficace et immédiat ce n’est pas reporté «sine diae», à une date ultérieure, pas une clause d’espérance dans un plan d’assurance… mais des dividendes au fonds de leurs besaces et de leurs panses, ils en bavent et ensuite ils en rotent tout leurs saouls du pécule de leurs profits, il y a échéancier et c’est payé rubis sur l’ongle, c’est une belle offre, une affaire en or, qu’ils ne refusent jamais, et ce n’est pas que la tentation soit très forte, ce sont eux qui sont trop faibles… lâches…médiocres…idiots…bancals…sans coeur… sans âme… tu aimes les prisonniers…les prisonniers aiment leurs chaînes…libère-les… affranchis-les ces esclaves qui ne sont esclaves que d’eux-mêmes… à moins que tu ne veuilles au plus secret de toi les asservir toi-même…à toi-même peut-être… tu hésites, tu résistes quand il est si facile de céder… céder en se taisant c’est une manière parmi tant d’autres d’acquiésser, de sceller un accord, de renoncer au peut être et puis après et à quoi bon et de dire oui… dis oui… dis oui… dis oui… à cet instant il se rappelât avoir dit «oui» , il entendit ce «oui» c’était comme moins qu’un murmure et encore plus petit qu’un soupir un souffle à peine prononcé il y a de cela très longtemps… mais où ? et quand ? le geôlier fit signe en claquant de ses doigts gras à ce jeune homme nu d’à peine trente ans de se lever de son agenouillement, de son recroquevillement sur lui-même et il se redressât…et le geôlier mis la main sur son gourdin devant ce jeune homme de petite taille qui ne payait pas de mine, qui était ni beau, ni laid, à la limite anonyme tout comme ces gens dans leurs cellules gueullaient et hurlaient comme des loups et glapissaient comme des hyènes son prénom / yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua yeshoua comme si les seules syllabes de son prénom avaient le pouvoir de pouvoir, pouvoir de parvenir, de fracasser de perforer les parois de pierre des prisons dans lesquel ils étaient emmurés face à eux-mêmes… dans l’étroitesse d’eux-mêmes… le tombeau d’eux-mêmes les seules syllabes de son prénom… les syllabes son prénom… il ne parvenait plus à se souvenir des syllabes de son prénom il ne faisait que redire et redire et répéter sans rien y comprendre je suis… je suis… / puis brusquement la brûlure.. la brûlure de l’éblouissement l’éblouissement de la lumière du jour torride du soleil qui plombait dans le coin de cette cour où il était debout et chancelant et ça se remit à couler et à suinter la moiteur du sang sur ses épaules lacérées le goût fétide de sa salive et du sel de sa salive et des gouttes de sueurs sur ses lèvres fendillées et l’eau et l’éclair du reflet de l’eau dans laquelle son juge se lavait le bout de ses doigts bagués et l’éclair des pierreries du pectoral du procureur et l’éclair des fers des lances des soldats pointant vers le soleil l’éclair des bruits des chaînes de plomb à ses pieds et le tonnerre qui lui tombât sur l’épaule droite de tout le poids du bois d’une croix mal équarrie avec ses échardes d’un coup le poids du bois mort d’une croix et l’éclair du coup de lanières de cuirs cloûtés sur les dalles de pierre de la cour ponctué de l’ordre impérial aboyée hurlée criée « En Avant!» au pitoyable trio ridicule des condamnés et encore plus loufoques dans le silence soudain de la foule stupéfiée par le cri du solat il y avait déjà à peine une fraction de seconde une interminable fraction de seconde cette masse anonyme glauque, visqueuse d’individus indifférenciés qui s’étaient rassemblés, qui s’étaient agglutinés les uns aux autres comme des bulles de bave au fur et à mesure que les rumeurs circulaient d’une condamnation imminente suivie d’une agonie lente et d’une mort exemplairement ignominieuse et soigneusement machinée par le Sanhédrin cette populace indifférenciée malgré ses mille têtes et ses mille gueules ouvertes cet hydre sanguinaire avec ses petites lâchetés et ses médiocres hypocrisies avec ses milliers de bras et de jambes et de mains qui applaudissaient à tout rompre il y a quelque instants s’étaient tues en se repliant sur elle-même en brave bête bien dressée ce monstre domestiqué et sauvage et sanguinaire au bout de sa chaîne qui lui servait de collier serti de haines cette foule pétrifiée comme des corps en fuite immobilisés dans leurs courses et leur sauve qui peut en grimaçantes implorations de bouches entre-baillée aux cris engoncés dans leurs gorges calcinées leurs regards figés des yeux évidés les chairs horrifiées sans couleurs des visages fondant comme cire chaude et molle par les giclées et les coulées des lave vomies par un volcan qu’on croyait éteint laissant pour toutes traces de leurs existences les statues de leurs frayeurs leurs fuites calcifiées semblable à celles des fossiles curiosités inannes sur les coussins de sable et de poussières des siècles / «On marche ! On ne traîne pas ! On marche !» et lui précédé des deux autres et comme les deux autres il marchait à tâtons pas à pas avançait le corps courbé, la nuque cassée, le regard sur les pierres et le sable du chemin qui zigzaguait en ascension vers le Golgotha trio de comédie dont les bourdes, les maladresses et les chutes déclenchaient les sarcasmes et les moqueries et les injures et les crachats sans comprendre pourquoi il remarquât dans les gravats des insectes qui poursuivaient leurs va-et-vient de survie les passants indifférents à ce qui n’était pas un drame mais un fait divers comme il en arrive à chaque célébration de la Pâques juive qui depuis deux millénaires revient au calendrier lunaire des saisons des siècles... certains vaquaient à leurs activités de préparations des rituels d’autres se préparaient à un long voyage depuis longtemps projeté ils auraient à naviguer qui des océans qui des dunes de sable dans les deux cas ils n’auraient pour repère qu’une étoile le cortège lui avançait vers son but, le lieu du crâne et pour toute étoile cet astre incandescent disque jaunâtre et blanchâtre qui dominait tout ce qui se risquait à vivre et à survivre diluait l’azur du ciel à perte de vue effaçait les lignes minces des horizons tout le pays se faisait peu à peu une seule suffocation haletante telle d’une bête qui n’est plus qu’une soif qui espère une pluie

/

sans pluie et sans bruit lui et les deux autres qui se traînaient pour retarder l’échéance et la quittance encadrés de quelques légionnaires crasseux chargés de la bonne marche à suivre de l’exécution de la sentence dans ce mutisme à son zénith le silence d’avant la colère du très-haut lui et les deux autres tout en bas sous le cuivre du ciel de Galilée accablé de l’obole de cet héritage longeant les parois lisses et sans la moindre faille et la plus infime fissure d’un des murs du temple dont il avait prédit qu’il le rebâtirait en trois jours lorsque viendrait le temps du moment de sa destruction ses genoux fléchirent, il s’effondra… une première fois puis…

il entendit des pleurs c’était celle d’un nourrisson les pleurs celle du couteau de la lame d’argent rougie d’un filet de sang les pleurs c’étaient les larmes du sang de cet enfant emmailloté de lin fruit de la mère et du père élevé en offrande donnée en offrande offert en offrande fruit de la terre gorgé des pluies du ciel qui l’a nourrit puis avec les quelques gouttes encore humides de son sang sur ses doigts avec les quelques gouttes encore liquides de ses pleurs sur ses joues avec les quelques gouttes encore livides de ses peurs sur ses lèvres de peines et de misères il tentât de se remettre debout et droit sur ses pieds qui commençaient à gonfler à vue d’oeil un des soldats désignât du regard un mendiant un accroupi adossé au pied d’un mur le temps de sa sieste le soldat fit une amorce de pas vers celui-ci et l’homme en réponse à l’ordre donné obtempéra lentement avec sa nonchalance proverbiale en arborant un sourire d’ivoire éclatant de blancheur et aux gencives rosées de ces hommes de peau noire et lustrée d’un bleu semblable à celle des corbeaux sa longue silhouette dégingandée se découpait avec toute la superbe des personnages légendaire des théâtre d’ombre et le décalque de sa silhouette sur le sable de cette venelle se faisait moquerie narquoise envers Rome de la part de ce natif de Cyrène colonie grecque qui vit le jour sous les conseils des oracles 7 siècles avant que Rome ne soit un embryon d’empire le Cyrénéen regarda ce qui restait de celui qui était encore moins qu’un esclave et à peine plus qu’une bête il prêta donc main forte à cette machine loqueteuse de chairs émaciées, de nerfs à vif, de muscles déchirés et d’os durs et secs qui se disloquaient sous les regards des quelques badauds qui étaient restés malgré leurs dégoûts pour vivre au premier rang le spectacle jusqu’au bout et assister à l’apothéose de celui qui avait affirmé haut et fort être le fils de Dieu mais qui depuis était muet plus encore que ceux qu’il avait guéri nombreux ils avaient été nombreux et bruyants et et silencieux et attentifs et recueillis des foules de plus en plus pressantes et oppressantes qu’il fallait nourrir mais qui réclamait la pitance des miracles nombreux ils avaient été nombreux à le suivre nombreux à le suivre et à le poursuivre et à l’entendre il regardait dans le temps derrière lui il se revit poser ses mains sur les rouleaux et sans avoir même à les dérouler il les expliquait à tous et à chacun sans en changer la moindre virgule il regarda le temps derrière lui et revit sa mère qui accourait vers lui avec toute son inquiétude et son père cet homme qui marchait à pas lents et patients derrière cette jeune femme qui était son épouse et derrière ce fils d’autant plus précieux qu’il lui avait été donné qu’il avait toujours peur de perdre, qu’il lui soit enlevé et repris cet homme qui les aimait et pour cela craignait constamment que l’un ou l’autre se blesse en butant sur un caillou, il regarda dans le temps derrière lui et il revit une foule sur les pentes d’une montagne la loi de Moïse il la parfaisait et elle devenait simple et claire et limpide comme une eau claire pour une soif qui n’était pas celle du corps et plus encore que celle du coeur, celle de l’âme de chacun et de tous telle que chacun et tous avait été tiré du néant et été créé unique par le créateur de tout et chacun et tous la comprenait car elle était simple et évidente comme la goutte de rosée du matin qui devient la vapeur des brumes du soir évidente comme les sommets neigeux des montagnes et les vallées arides des déserts de rochers et de poussières il regarda dans le temps derrière lui et dans le lointain du temps le temple gigantesque n’était plus qu’une minuscule maquette d’un projet d’architecte il regarda le tracé des rues qui menaient au temple, elles étaient désertes et vides il n’y avait personne dans ces rues qui conduisaient au temple et par lesquelles il avait si souvent erré il n’y avait personne autour de lui et pourtant pourtant nombreux ils avaient été ils étaient quelques uns bourdonnants comme des mouches rameutés par les odeurs sucrés du sang sirupeux qui dégoulinait d’un morceau de viande d’agneau oublié sur une table au soleil qui dégouttait de la pointe des épines enfoncées dans son front… nombreux ils avaient été nombreux à ne pas l’entendre nombreux ils avaient été nombreux à ne pas l’écouter malgré le Cyrénéen il regarda dans le temps derrière lui... il s’effondra une seconde fois…

/

il se relevât une seconde fois mais sans l’aide de quelqu’un avec l’aide de personne il regarda autour de lui et il n’y avait personne presque plus personne où étaient les disciples ? ceux de la première heure où étaient les disciples ? ceux de la dernière heure ? ceux de la dernière heure ? de cette précise dernière heure qui s’allongeait devant lui qui semblait ne plus vouloir commencer pour pouvoir enfin finir ce qui lui restait à vivre après toutes ces heures et tous ces instants de ces trente brèves années derrière lui… et devant cette encore plus brève et longue et lente dernière heure qu’il avait devant lui à traverser encore… soudain une ombre sur son visage soudain ombre blanche et fraîche comme des mains douces comme des mains tendres comme des mains douces qui vous lavent les épaules et les joues, les paupières et le front et les lèvres les genoux et les doigts du sable de la terre du sel de la sueur et l’on rit et l’on entend un sourire qui se mêle aux bruits des gouttes d’eau fraîche qui tombent sur le plancher de la cuisine de la cuisine du soir qui s’illumine déjà des étoiles du sommeil de la nuit dans laquelle on sera bordé puis bercé dans laquelle on reposera jusqu’au réveil du matin de demain mais on n’était encore qu’aujourd’hui pas encore demain qu’aujourd’hui un aujourd’hui dont on ne voit pas la fin dont on attend la fin dont on espère la fin avec toute la force des faiblesses qui nous restent et une fois encore sans comprendre le comment sans s’expliquer le pourquoi malgré les entailles faites jusqu’aux tréfonds des entrailles ce qu’on ne pensait plus pouvoir ce qu’on ne voulait plus vouloir ce vouloir qui nous vient ce vouloir qui veut se faire et se refaire et il s’effondra pour une troisième fois…

non pas pour reprendre des forces mais pour les perdre toutes l’une après l’autre comme on perd des souvenirs jusqu’à ce qu’il n’en reste plus à perdre comme on perd jusqu’à la faculté d’oublier quand on perd même la mémoire mais… pour avant l’ultime fois là tout s’arrêta soudainement sans raison

le temps que les soldats reprennent leurs souffles, le temps que les manœuvres déballent puis étalent soigneusement leurs outils sur une pierre plate à portée de leurs mains sales en grommelant entre eux qu’ils n’y étaient pour rien dans cette affaire dans cette histoire comme ces quelques personnes qui apparaissaient l’une après l’autre seul en groupe en couple au contre-bas de cette colline de terre battue monticule gris de cailloux noirâtres et de brins d’herbes sec à contre-jour d’un jour qui commençait à décliner d’un ciel qui semblait vouloir s’incliner vers l’horizontal de la terre ronde sur laquelle soufflait cette brise tiède qui se faufilait tel un chat sournois entre les jambes nues et les pans des tissus des vêtements des hommes et des femmes et dans la toison teigneuse de ce chien couché en rond dans son coin qui brusquement sur le qui vive ouvrit un oeil et dressât l’oreille au premier coup de marteau sur le clou qu’on plantât dans le poignet du bras droit que quelqu’un élonguait et maintenait bien en place rigide avec le talon de son pied appuyé, enfoncé sous l’aisselle puante du condamné à crever

il n’y avait pas d’enfant présent et il sourit de cela et personne ne comprit ce à quoi et ce pourquoi il souriait

il n’y avait pas d’enfant

ils étaient sous un arbre et chantaient et dansaient une ronde dans un jardin lointain dans un royaume dans le royaume d’un jardin, le jardin d’un invisible mais tangible royaume qui approchait ...

en bavant sa mâchoire sa bouche ses lèvres il bégaya le nom de son père

quelqu’un chuchota à son voisin

- c’est le délire qui commence…

- mais son père est mort… ça fait déjà longtemps…. mais était-ce vraiment… son père ? - on ne sait pas…

- et sa mère ? si jeune encore et veuve…

- elle ne le restera pas longtemps d’ailleurs ?

- d’ailleurs quoi?

-le fils qui ?

- le fils… celui qui est là, cloué en croix donc le fils ? il n’est pas du père ?

- ah! bon ? il n’avait pas répudié cette épouse…

- c’est ce qu’on dit, c’est la rumeur qui court…

- mais le père il était de la lignée de…

- David, oui… c’est vous dire… que… on ne sait jamais…

- comment les choses tournent, de quel côté vient le vent…

- on n’est sûr de rien

- simplement parce que rien n’est sûr ah!…

- quoi ?

- il recommence à gémir…

tous ses membres tremblaient parvenaient encore à pouvoir trembler, tout son être se convulsa comme se recroqueville un copeau de bois dur prend feu puis se fait braise rougeoyante et fumante, les mains et les doigts des témoins des quelques personnes qui étaient les spectateurs de ce spectacle se tordirent de hargne car c’était aussi fascinant que le combat de la mangouste et du cobra, exaltant comme un combat de chiens dans un enclos de barbelés... puis il y eût de moins en moins d’actions, d’attaques, d’avancées et de reculs, de feintes c’était de plus en plus immobile comme la carcasse d’une maison incendiée qui brûle à petit feu, à petites flammes, en minuscules étincelles de brandons rougeoyant des poutres calcinées qui craquent puis se taisent ... puis le toit qui s’effondre avec fracas et le cri de toute une foule en un seul cri rauque à l’unisson

et le râle qui s’en suit... et le râle qui s’essouffle... et le râle qui s’éteint ... presque à peine audible...

mais que tout l’univers semble entendre et écouter que tout l’univers écoute sans le moindre mouvement

puis presque plus rien

qu’une fumée grise qui se dissipe

une fumée blanche qui s’effiloche comme le minuscule silence bleu d’un silence blanc...

et enfin enfin plus que le rien et le moins que rien d'un souffle qui s’efface

en laissant et cédant toute la place

tout l’espace

... à l’éternité....

vigile de Marie de Magdala

la journée avait été longue maintenant c’était le temps du repos et de la fatigue rangée sous l’oreiller ou le coussin comme on range le linge porté durant le jour elles dormaient paisiblement elles sommeillaient il y avait les 3 mères, les 2 soeurs elle s’étaient d’instincts regroupées ensemble puis il y avait cette étrangère et une disciple et aussi depuis quelques temps cette femme que les mères et les soeurs craignaient toujours cette femme qui même sans ses fards était belle belle d’être belle d’être aimé belle d’avoir aimé belle d’avoir été cueilli comme la grappe de fruits, fauché comme la brassée de fleurs parmi les blés, en plus des blés belle du parfum de son âme qui était celui de la lavande et du cèdre lumineuse comme le miel qui coule limpide dans la lumière du soleil du midi belle comme la douceur belle comme la tendresse enfin belle comme ces femmes qui dormaient non loin d’elle et dont elle savait la douceur et la tendresse et la force de leurs coeurs qui trônait dans les entrailles de leurs ventres de leurs âmes car elles avaient autant de coeurs et d’âmes qui étaient nécessaires et besoins à chacun et différents pour chacun et le même pour tous quand ils étaient rassemblés et épars à la fois pour le sommeil et les rêves et l’amour de cet homme et pour cet homme et par cet homme avec ses maladresses les plus habiles de cet homme qui dormait le dos tourné à côté d’elle et de pas une autre qu’elle car elle lui était la seule et surtout l’unique pas comme l’autre cette femme qui était seulement belle pas plus que cela juste belle c’est tout belle car elle n’était pas belle pour quelqu’un puisque qu’elle était laide pour tous et chacun elle elle elle qui les avait enviée elle n’avait connu que cela l’envie l’envie qu’on avait d’elle avant et le dégoût qu’on avait d’elle après pas le désir cette chose qui ne s‘éteint pas cette soif qui ne cesse de vouloir se désaltérer cette faim qui ne parvient pas à être rassasiée le désir que l’on porte et qui nous soulève et nous entraîne et nous délivre avec ses chaînes et nous attache avec notre liberté abolie de l’esclave mais notre liberté qui nous est rendue et enfin donnée par l’amour l’amour car car depuis depuis lui lui qui était là-bas dans la pierre dure dans la pierre du tombeau humide dans la pierre opaque de la nuit dans la pierre opaque de la vie dans la mort c’est pour cela qu’elle ne parvenait pas à dormir c’est à cause de cela qu’elle ne chercherait plus à dormir elle ne serait que veille «jusqu’à son retour jusqu’à son retour ça il l’avait dit il l’avait dit et il l’avait promit et il n’était pas homme à renier ce qu’il promettait ce qu’il promettait il le donnait ce qu’il promettait il le tenait et c’est à cause de cela et c’est pour cela pur cette parole donnée et tenue elle elle Marie de Magdala l’attendrait le temps qu’il faudrait mais elle l’attendrait afin qu’il tienne sa promesse et qu’il la lui rapporte et la dépose dans main même si cette main serait ridée et jaunâtre et tachée de bleu et que ses cheveux seraient blancs et qu’elle entendrait mal de loin elle reconnaîtrait les cadences de son pas à lui qui revient de loin mais qui revient qui est de retour tel qu’il l’a promis et il la reconnaîtrait même si elle était en apparence sans apparât changée et vieillie et sale et laide et seule il la reconnaîtrait et la prendrait dans ses bras et l’envelloperait de sa voix en murmurant son prénom...» Marie de Magdala sanglotait et ses larmes roulaient entre les doigts de ses mains tavelés dans lesquelles elle cachait son visage ridé.

«Marie…» «Marie de Magdala…» à son oreille silencieuse depuis si longtemps «Marie de Magdala… je suis là»

«Seigneur ?

Une main légère se posa sur son épaule. Marie de Magdala releva brusquement sa tête. Elle hésitait par peur, par crainte et n’osait pas regarder derrière elle. Puis lentement elle se retourna. La toute jeune disciple Suzanne s’agenouillât devant elle. Derrière elles qui étaient prostrées se tenaient debout sans un mot, Jeanne la myrophore, les deux sœurs, Marthe et Marie de Béthanie, les mères Marie Jacobé, Marie de Cléophas, Salomé et Joseph d’Arimathie et Nicodème.

Ils la regardaient pleurer en leurs noms.

Ils l’écoutaient prier un prénom dans leurs silences…

la barre du jour

et ici commence le miracle de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus le Christ et ce que l’on craignait le plus tout en l’espérant de toutes nos peurs arriva était arrivé et ne cesserait plus d’arriver et de recommencer telles les vagues des marées telles les saisons des années telles les saisons des siècles et celles des millénaires tournoyant tels les astres et tels les anges et celles des éternités chatoyantes rutilantes et jubilantes et exultantes d’un lac au soleil avec ses poissons et ses étoiles de mer et celles du ciel et les pêcheurs et les passants et les gens et leurs familles dont on voit les tremblotantes silhouettes en promenade sur les rives et sur les flots et dans les flots de ce lac où quelqu’un il y a peu a marché sur les eaux, a été plongé dans les eaux, a gravi les collines, a parlé aux brises, a fait sermon aux quatre vents et aux montagnes... a consolé les inconsolables, a guéri et guidé et nourri et rassasié et transfiguré de leurs faims et de leurs soifs, les sans visages, les moins que rien, les honnis et les reniés, a embrassé les mille visages des maudits a retrouvé le premier homme et l’a consolé dans le dernier des derniers en lui lavant les pieds de ses pleurs et l’a récusscité par chacune de ses secondes et par toutes les parcelles de ses heures d’agonie lui a redonné vie a béni toutes les âmes par le legs de sa paix et de son pardon et du pain quotidien au nom de notre père qui est aux cieux car par lui la prière a été retrouvée et la parole donnée de l’éternel par lui avec lui et en lui est tenue et s’accomplit et ce pour les siècles des siècles il en est ainsi depuis…

éclats d’une étoile

Jeanne dite la myrophore en remuant les lèvres relit ce qu’elle venait de transcrire et de graver avec son stylet dans la cire de l’une des tablettes qu’elle avait posée sur ses cuisses pour plus de commodité. Pour être plus stable encore elle s’était assise, jambes allongées sur l’une des grosses pierres plates qui bordaient cette baie discrète, l’une des enclaves sablonneuses cachées de ce lac qu’on nommmait aussi la mer de Galilée. En regardant défiler les nuages qui parfois semblaient prendre la forme de l’une ou l’autre des figures de son récit, elle se dit en elle-même qu’il n’y avait pas si longtemps que ces événements s’étaient déroulés. Mais lui venait le doute, cette clef minuscule qui permet d’entre-baîller puis d’ouvrir la petite armoire dans laquelle l’on garde nos souvenirs, la mémoire et ses désordres. On ne sait pas si c’est soi qui embellissons les faits et en faisons de petits bonheurs. Ou bien si c’est encore nous qui gommons nos grands malheurs afin qu’ils nous deviennent supportables de les avoir traversés sans vraiment parvenir à les oublier. La séparation de son époux d’alors, qui était l’un des intendants d’Hérode, lui fit essuyer d’un geste saccadé son front d’une main nerveuse au poignet marqué d’une strie rose. Sa fuite résultait de la rencontre de cet homme dont les propos vous révélaient que vous aviez été créés libre de tout sauf de l’amour véritable, celui qui est don de tout et non possession de rien. Chouza lui n’était qu’avidité de titres et un goinfre de petits pouvoirs à l’image de son maître et même le dépassait dans ce domaine de la bassesse servile. Tout comme Chouza, Pilate se courbait le moment venu et à son tour se couchait de tout son long devant César. Et un autre et nouveau César s’enivrerait de ces vulgaires flatteries oubliant ainsi lui aussi que tout empire s’effrite comme les humains qui les érigent, s’efface comme les empereurs qui les rêvent et se lézarde comme les murs des palais et tôt ou tard s’effondrent les métropoles qui ne sont plus que vagues et imprécis souvenirs et les statues des divinités tutélaires des villes et des princes et des peuples sont depuis des siècles retournées à leurs origines de n’être ni plus ni moins plus que gravât de marbre sans mémoire sur un chemin de transhumance des bêtes. D’ailleurs seules les bêtes par une obscure pré-science perçoivent l’imminence de la fin, la mort, qui est de la sagesse de Dieu dans l’ordre de toutes choses. Pour ce qui était de Pilate, il n’était au fond qu’un pauvre homme fatigué et usé par tous ces jeux et ces coups-de-Jarnac de coulisses auxquels il avait échappé par sa très grande naïveté. On chuchotait qu’il avait écouté le récit d’un songe de sa femme et en fit un conseil qui lui était personnellement adressé par les dieux lors du procès du Galiléen comme les autorités le désignaient dans leurs jargons. Malgré ce sourire qui émanait d’elle en dépit de tout, Jeanne se faisait triste à ces pensées ayant pour sujet le procès, la condamnation, la crucifixion. Car elle avair été là durant tous ces moments. Et même après ces moments elle était encore là. Avec les autres, dans la lumière du matin et devant la pierre roulée du tombeau et le vide de celui-ci.

Le vide, l’absence.

La mystérieuse plénitude sacrée de cette absence.

Ça ne faisait pas très longtemps mais ça lui semblait une éternité que cela s’était passé. Il commençait à se faire tard, le soleil se couchait, le soir montait. C’était l’heure pour elle de rentrer dans son chez-soi, de regagner par le sentier rocailleux son logis.

Là-bas, cette petite maison de terre battue et de glaises cimentées d’herbes odorantes, c’était là son empire, sa demeure. C’était le moment du jour où les fleurs des champs répandent à profusion leurs parfums et les oiseaux ne tarissent pas d’éloges et d’hallels pour cette fin du jour.

Puis tout se tût laissant toute la place à la plénitude de la création.

Puis elle se souvint qu’elle avait oublié ces tablettes là-bas. Les phrases de cires avaient sans doute fondues sous les feux du soleil de cette lumineuse journée d’été.

Mais certaines des paroles prononcées par ce jeune homme, irisaient silencieusement peu à peu et de plus en plus les obscurités des nuits.

Et aussi celles encore plus sombres des jours des multitudes et des temps et des espaces à venir.

Jeanne dite la myrophore ne vivrait pas ces à venir.

Il lui était assez et c’était beaucoup et même tout d’avoir vécu son passé.

Et surtout ce passage.

Elle souffla la flamme de sa lampe puis elle s’endormit, paisiblement.


Montréal 3731 rue Hutchison jour de la Visitation 25 / 03 / 2017 +

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             Dieu viens à mon aide Seigneur viens à mon secours

PSAUME 83 De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l’univers ! Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ; mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant ! L’oiseau lui-même s’est trouvé une maison, et l’hirondelle, un nid pour abriter sa couvée : tes autels, Seigneur de l’univers, mon Roi et mon Dieu ! Heureux les habitants de ta maison : ils pourront te chanter encore ! Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent dans leur cœur ! Quand ils traversent la vallée de la soif, ils la changent en source ;  de quelles bénédictions la revêtent les pluies de printemps ! Ils vont de hauteur en hauteur, ils se présentent devant Dieu à Sion. Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ; écoute, Dieu de Jacob. Dieu, vois notre bouclier, regarde le visage de ton messie. Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille. J’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter parmi les infidèles. Le Seigneur Dieu est un soleil, il est un bouclier ; le Seigneur donne la grâce, il donne la gloire. Jamais il ne refuse le bonheur à ceux qui vont sans reproche. Seigneur, Dieu de l’univers, heureux qui espère en toi !

PSAUME 132 Oui, il est bon, il est doux pour des frères  de vivre ensemble et d'être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête,  qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis !On dirait la rosée de l'Hermon qui descend sur les collines de Sion. Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis ! C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours. Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis !

PSAUME 41 Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître face à Dieu ? Je n'ai d'autre pain que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? » Je me souviens, et mon âme déborde : en ce temps-là, je franchissais les portails ! Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête,  parmi les cris de joie et les actions de grâce. R / Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu ! Si mon âme se désole, je me souviens de toi,  depuis les terres du Jourdain et de l'Hermon, depuis mon humble montagne. L'abîme appelant l'abîme à la voix de tes cataractes, la masse de tes flots et de tes vagues a passé sur moi. Au long du jour, le Seigneur m'envoie son amour ; et la nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie. Je dirai à Dieu, mon rocher : « Pourquoi m'oublies-tu ? Pourquoi vais-je assombri, pressé par l'ennemi ? » Outragé par mes adversaires, je suis meurtri jusqu'aux os, moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »

R / Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu !

PSAUME 85 Écoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux. Veille sur moi qui suis fidèle, ô mon Dieu, sauve ton serviteur qui s'appuie sur toi.Prends pitié de moi, Seigneur, toi que j'appelle chaque jour. Seigneur, réjouis ton serviteur : vers toi, j'élève mon âme ! Toi qui es bon et qui pardonnes, plein d'amour pour tous ceux qui t’appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie. Je t'appelle au jour de ma détresse, et toi, Seigneur, tu me réponds. Aucun parmi les dieux n'est comme toi, et rien n'égale tes oeuvres. Toutes les nations, que tu as faites, viendront se prosterner devant toi et rendre gloire à ton nom, Seigneur, car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, le seul. Montre-moi ton chemin, Seigneur,  que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom. Je te rends grâce de tout mon coeur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ; il est grand, ton amour pour moi : tu m'as tiré de l'abîme des morts. Mon Dieu, des orgueilleux se lèvent contre moi, des puissants se sont ligués pour me perdre : ils n'ont pas souci de toi. Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d'amour et de vérité ! Regarde vers moi, prends pitié de moi. Donne à ton serviteur ta force, et sauve le fils de ta servante. Accomplis un signe en ma faveur ; alors mes ennemis, humiliés,  verront que toi, Seigneur, tu m'aides et me consoles.

PSAUME 114 J'aime le Seigneur : il entend le cri de ma prière ; il incline vers moi son oreille : toute ma vie, je l'invoquerai. J'étais pris dans les filets de la mort, retenu dans les liens de l'abîme, j'éprouvais la tristesse et l'angoisse ; j'ai invoqué le nom du Seigneur : « Seigneur, je t'en prie, délivre-moi ! » Le Seigneur est justice et pitié, notre Dieu est tendresse. Le Seigneur défend les petits : j'étais faible, il m'a sauvé. Retrouve ton repos, mon âme, car le Seigneur t'a fait du bien. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants.

                                                   misericordia Domini in aeterna cantabo

PSAUME 138 Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées. Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers. Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais. Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi. Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre ! Où donc aller, loin de ton souffle ? où m'enfuir, loin de ta face ? Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici. Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers : même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit. J'avais dit : « Les ténèbres m'écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : * étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J'étais encore inachevé, tu me voyais ;  sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit ! Que tes pensées sont pour moi difficiles, Dieu, que leur somme est imposante ! Je les compte : plus nombreuses que le sable ! Je m'éveille : je suis encore avec toi. [Dieu, si tu exterminais l'impie ! Hommes de sang, éloignez-vous de moi ! Tes adversaires profanent ton nom : ils le prononcent pour détruire. Comment ne pas haïr tes ennemis, Seigneur, ne pas avoir en dégoût tes assaillants ?Je les hais d'une haine parfaite, je les tiens pour mes propres ennemis.] Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée éprouve-moi, tu connaîtras mon coeur. Vois si je prends le chemin des idoles, et conduis-moi sur le chemin d’éternité.

PSAUME 22 Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ;  j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

                                                      misericordia Domini in aeterna cantabo

PSAUME 130 Seigneur, je n'ai pas le coeur fier ni le regard ambitieux ;  je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël,  maintenant et à jamais.

                                                     misericordia Domini in aeterna cantabo

PSAUME 150 Alléluia ! Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ; louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur ! Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ; louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour ! Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia !à toi mon Dieu à toi mon Dieu je rends grâçe

Magnificat

Magnificat anima mea Dominum, Et exsultavit spiritus meus in Deo salvatore meo. Quia respexit humilitatem ancillae suae. Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Quia fecit mihi magna qui potens est. Et sanctum nomen eius. Et misericordia eius in progenies et progenies timentibus eum. Fecit potentiam in brachio suo. Dispersit superbos mente cordis sui. Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles. Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae. Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini eius in saecula. Magnificat anima mea Dominum, Et exsultavit spiritus meus in Deo salvatore meo. Quia respexit humilitatem ancillae suae. Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Quia fecit mihi magna qui potens est. Et sanctum nomen eius. Et misericordia eius in progenies et progenies timentibus eum. Fecit potentiam in brachio suo. Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae. Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini eius in saecula.

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PRIÈRE DU MATIN

« Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens vous demander la paix, la sagesse et la force. Je veux regarder aujourd'hui le monde avec des yeux remplis d'amour ; être patient, compréhensif, doux et sage ; voir vos enfants au-delà des apparences, comme vous les voyez vous-même, et ainsi, ne voir que le bien en chacun. Fermez mes oreilles à toute calomnie, gardez ma langue de toute malveillance et que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit. Que je sois si bienveillant et si joyeux que tous ceux qui m'approchent sentent votre puissance et votre présence. Revêtez-moi de votre beauté, Seigneur, et qu'au long du jour je vous révèle. Ainsi soit-il. »

NOTRE PÈRE paraphrasé

NOTRE PÈRE TRÈS SAINT, notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Consolateur.

QUI ES AUX CIEUX dans les anges et dans les saints, les illuminant pour qu’ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ; les enflammant pour qu’ils t’aiment, car tu es, Seigneur, l’amour ; habitant en eux et les emplissant de ta divinité, pour qu’ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est aucun bien.

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ que devienne toujours plus lumineuse en nous la connaissance que nous avons de toi, afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits, la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements.

QUE TON RÈGNE VIENNE dès maintenant règne en nous par la grâce, et plus tard introduis-nous dans ton royaume où sans ombre enfin nous te verrons, où deviendra parfait notre amour pour toi bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.

QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL Que nous t’aimions : de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes : en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense.

DONNE-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN DE CE JOUR ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, pour que nous puissions nous rappeler, mieux comprendre et vénérer l’amour qu’il a eu pour nous et tout ce que pour nous il a dit, fait et souffert.

PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES par ta miséricorde ineffable, par la vertu de la Passion de ton Fils bien-aimé, par les mérites et par l’intercession de la Vierge Marie et de tous les élus.

COMME NOUS PARDONNONS AUSSI A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS Et ce que nous ne pardonnons pas pleinement, toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement : que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi, que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ; qu’à personne nous ne rendions le mal pour le mal mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi !

ET NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION qu’elle soit manifeste ou sournoise, soudaine, ou lancinante et prolongée.

MAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL passé, présent et futur. Amen.

EXHORTATION À LA LOUANGE DE DIEU

Craignez le Seigneur et rendez-lui hommage. Digne est le Seigneur de recevoir honneur et louange. Vous tous qui craignez le Seigneur, louez-le. Salut, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. Louez-le, ciel et toute la terre. Tous les fleuves, louez le Seigneur. Fils de Dieu, bénissez le Seigneur. Voici le jour que le Seigneur a fait, jour d’allégresse et jour de joie, alléluia, alléluia, alléluia, roi d’Israël. Que tout esprit loue le Seigneur ! Louez le Seigneur, car il est bon. Toutes les créatures, bénissez le Seigneur. Tous les oiseaux du ciel, louez le Seigneur. Tous les enfants, louez le Seigneur. Jeunes gens et jeunes filles, louez le Seigneur. Digne est l’Agneau immolé de recevoir louange, honneur et gloire. Bénie soit la sainte Trinité et l’indivise Unité. Saint Michel Archange, défends-nous dans le combat.

LOUANGES POUR TOUTES LES HEURES

Saint, trois fois saint, le Seigneur Dieu tout puissant, celui qui est, qui était et qui reviendra. Louange et gloire à jamais ! Tu es digne, Seigneur notre Dieu de recevoir honneur, louange et gloire, et d’être proclamé béni. Louange et gloire à jamais ! Digne est l’Agneau qui a été immolé, d’être appelé Dieu fort, sage et puissant, de recevoir honneur et gloire, et d’être proclamé béni. Louange et gloire à jamais ! Bénissons le Père et le Fils, avec le Saint-Esprit. Louange et gloire à jamais ! Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur. Louange et gloire à jamais ! Chantez les louanges de notre Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui craignez Dieu, petits et grands. Louange et gloire à jamais ! Loué soit le Dieu de gloire par le ciel et par la terre. Louange et gloire à jamais ! Par toute créature au ciel, sur terre, sous terre, et par la mer et tout ce qu’elle renferme. Louange et gloire à jamais ! Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Louange et gloire à jamais ! Comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen. Louange et gloire à jamais ! Prions, Tout puissant, très saint, très haut et souverain Dieu, souverain bien, bien universel, bien total, toi qui seul es bon, puissions-nous te rendre toute louange, toute gloire, toute grâce, tout honneur et toute bénédiction : puissions-nous toujours rapporter à toi seul tous les biens ! Amen.

SALUTATION DES VERTUS

Salut, reine Sagesse, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte et pure Simplicité. dame sainte Pauvreté, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte Humilité. Dame sainte Charité, que le Seigneur te garde, avec ta sœur, sainte Obéissance. Vous toutes, saintes Vertus, que le Seigneur vous garde, lui de qui vous procédez et venez. Nul homme en ce monde, si d’abord il ne meurt ne peut posséder une seule d’entre vous. Qui possède l’une et ne blesse pas les autres, il les possède toutes. Qui blesse l’une les blesse toutes et n’en possède aucune. Chacune d’elles met en déroute les vices et péchés. Sainte Sagesse confond Satan et toutes ses malices. Pure et sainte Simplicité confond toute sagesse de ce monde et toute sagesse de la chair. Sainte Pauvreté confond cupidité, avarice, et les soucis matériels de ce monde. Sainte Humilité confond l’orgueil et tous les vaniteux de ce monde. Sainte Charité confond toutes les tentations, qu’elles viennent du diable ou de la chair, et toutes les craintes égoïstes. Sainte Obéissance confond toute volonté propre et tout charnel attachement, et toute charnelle obstination. C’est elle qui tient le corps mortifié pour qu’il obéisse à l’esprit, pour qu’il obéisse à son frère. C’est elle qui rend l’homme docile et soumis à n’importe quel homme de ce monde, et non seulement aux hommes, mais aux bêtes et aux fauves eux-mêmes, les laissant disposer de lui comme ils le veulent, autant que d’en-haut leur permet le Seigneur.

LOUANGES DE DIEU

Tu es le seul saint, Seigneur Dieu, toi qui fais des merveilles ! Tu es fort, tu es grand, Tu es le Très-Haut, tu es le roi tout puissant ; toi, Père saint, roi du ciel et de la terre. Tu es trois et tu es un, Seigneur Dieu, tu es le bien, tu es tout bien, tu es le souverain bien, Seigneur Dieu vivant et vrai. Tu es amour et charité, tu es sagesse, tu es humilité, tu es patience, tu es beauté, tu es douceur, tu es sécurité, tu es repos, tu es joie, tu es notre espérance et notre joie, tu es justice, tu es mesure, tu es notre richesse et surabondance. Tu es beauté, tu es douceur, tu es notre abri, notre gardien et notre défenseur, tu es la force, tu es la fraîcheur. Tu es notre espérance, tu es notre foi, tu es notre amour, tu es notre grande douceur, tu es notre vie éternelle, grand et admirable Seigneur, Dieu tout puissant, O bon Sauveur !

CANTIQUE DE FRÈRE SOLEIL

Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent,

Ô Très-Haut, et nul homme n’est digne de te nommer. Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière ; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles : dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l’air et pour les nuages, pour l’azur calme et tous les temps : grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur Eau, qui est très utile et très humble, précieuse et chaste.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires la nuit : il est beau et joyeux, indomptable et fort.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; Heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité!

PRIÈRE POUR LA PAIX

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie. O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à la Vie.

BÉNÉDICTION A FRÈRE LÉON

Que le Seigneur te bénisse et te garde ; que le Seigneur te découvre sa Face et te prenne en pitié ! Qu’il tourne vers toi son Visage et te donne la paix Que le Seigneur, frère Léon, te bénisse.
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